A plus loin

  

Bien que je marche,
mon être debout s’écroule.
Je reviens en arrière, où
la terre est glacée
et à ses bords – où se nourrit ma peau –
il y a mes frères et sœurs, peu importe ?
Si nous avons le même visage
s’ils ont tous le même visage
si je les confonds
toujours l’un avec l’autre.

  

Si je trouve une idée je la serre
je l’embrasse, et c’est un baiser qui plonge
au cœur d’une mer de choses,
les objets, le monde avec sa ligne
qui l’enferme et que je ne prononce pas
pour le voir plus ouvert.
Il me donne la raison de son sexe,
mais en le disant, avec une langue
bloquée là où le désir ne fait pas
de différence, avec une langue
crucifiée dans le marché d’une vie en vente,
il est où ce qui déborde, ce qui fait
du temps le temps ?

Pendant que la matière se cherche
et s’enfle, et quand elle se trouve
elle change de place
elle disperse de la chaleur
elle rentre dans l’âge de ses variantes.

(Le cœur qui croit renaître
pendant que la machine le brûle)

  

Je pense,
et ça déplace mes étoiles
dehors de ce lit
sur les objets qui font un autre monde.
J’oublie encore une fois d’où je tombe
si je suis si je coule,
l’image surgit d’un coup
comme une gifle
et la mer, plus blanche que jamais,
devient une route
où la distance de moi à moi
me fait ombre.

A mis soledades voy, de mis soledades vengo,
porque para andar conmigo me bastan
mis pensamientos.

Moi qui crache s’il le faut,
moi qui crache aussi sur ma mort,
moi de soif et poussière
je me mâche. Comme la vague
qui diserte l’heure qu’a navigué
je me diserte.

Le visage du monde (il est tous ses visages
le visage du monde) je ne le connais pas
– le sais-tu ce que c’est
cette beauté qui tombe de mes yeux ?

Je voulais dire qu’au-delà de Kafka
il y a l’en deçà de Kafka.

Mais il faut bien avoir le souffle pour
pousser les distances vers l’ailleurs.

   

Fabiana Bartuccelli, le sac du semeur 2017.