Anamnèse

  

Le seuil

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La poussière couvre le chemin
pourtant___les gestes quotidiens
s’évertuent______à exister

Est-ce vertu de la demeure
_________Voici venir le temps de s’incliner

Alors que la mouvance des vents déments
__________courbe le champ de blé
l’épi pointe le ciel brisé

Battue ____par l’écho___ veines insultées
la terre suspend________son tremblement

L’oubli se perd lui-même
____________________________sera-t-il lisse et nu

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L’oubli demeure comme l’absence
& le fil____néanmoins__ est tracé

Les inventions sont toutes___ aussi propices
l’instant_________ les réinvente
avec l’énorme patience du souvenir

__________________Épousées du présent
les mémoires___s’engendrent
sans vertige
__________________plus impalpables que le vent

Les vérités alors s’abstiennent
__________________incrédules au suspens

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Les liens se défont______________au vent ensoleillé
&________les témoins sont sans mémoire
L’origine du nœud s’efface______au passage de l’ombre

Seule la terre
formidable oublieuse
secrète la sève à la montée du ciel

L’attente
meilleure compagne au monde
se suspend à l’instant___________sans regard

Voilà que tout n’est plus

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Une profonde attente
________________fonde l’immobilité
l’ombre allonge
________________les paupières closes

Une futaie embaumée de sapins
________________épaissit l’espace
où l’eau tombée
________________pénètre l’épaisse couche
___________________________________________d’humus noir

Le soleil sue
________________sous la mer de nuages
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Les commissures des lèvres
___________________baillent un soupir

De la lumière pâle
____________________cependant passe
prolongeant l’attente
blême___ puis___ sommeilleuse
______________________aux bords des longs cils lisses

L’écart vient
___________________________l’onde
infiniment sensible_____ dilue_____la distance

Les poudres alors________se déploient
aux chairs des paumes hautes

L’ombre enracine le jour
____________________________aux parois du souvenir

Que retient le cœur haletant
____________________________sous l’étroit cerceau
d’un pétale agité_________ par le vent

Les doigts glissent
____________________________le long de l’orifice rond
les lèvres s’abreuvent au ruisseau

Comment ouvrir le front
_____________________________vers tant d’espace déployé

Trop de sang mêlé__de sève
_____________________________avive la blessure ancienne

Qu’ un oubli sombre
_____________________________& l’âme s’éclaircit

Voilà que le vent violente la fenêtre
_____________________________les tuiles du toit crissent
Un soleil très avide_______ cercle
_____________________________la ronde des nuages
un peu de feu enflamme
_____________________________les joues hautes

L’heure croupit au bassin
Mille élytres immobiles
_____________________________colore une peur_____bleue
l’attente se prolonge
_____________________________du fond des yeux tournés

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Debout_______tout au bout
que la volonté est farouche
& ce fardeau à la voûte du dos
& cet espace mal étreint

Serres des nœuds
____________________craintes infondées
les mains vaines crispent leurs doigts
____________________autour des bancs d’argile

Le sable s’est arrêté de couler
_____________________aucun pas ne s’avance

L’absence se creuse
Quel dérisoire désir
____________________d’être accepté

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Un bruissement tendre
___________________étreint l’espace

De belles mousses vaporeuses
oscillent_______à l’unisson de l’air

La lumière pâle de l’avril____gris
inclinent les feuillages__________à la patience

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L’attente n’est rien
_________________________puisqu’elle n’est pas vaine
l’âme que drapent____ les plis de la prière
___________ vibre________à l’ approche

Sa venue a eu l’éclat_____d’un soleil de printemps
____________________________lié au sol

A la flamme sèche de la terre
______________________________les fibres brûlées
dénouent___________________l’âcre rancœur

Sont alors possibles les pensées
_______________________douces comme la soie

  

Brigitte Donat, le sac du semeur 2016.
Anamnèse est extrait de L’espace d’un pas.

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