Dans la Glace du Tracé

  

Orphelin des champs
Fécondé par les anges
Dans le plus bas âge
Des tranchées boueuses
Et le soc qui s’ajuste à l’age
Mais résistance dans le guéret
Donne-lui ce bouquet
Ce rosaire de coquelicots
Cent-soixante-cinq perles
Avant qu’il ne fonce
Rosalie allez-y
Avec Rosalie
Cette racine les plus grands brûlés
Pansera
Tranchés par l’histoire, téméraire,
La rose trémière se lèvera, ensoleillée,
La figure
Une brise brisée
Cette rose de chien
Le libelle du parc sombre
Qui tranche sur l’ombre
Sinistres songes et fuyants
Ondoyez-les, ondoyez-les
Et faites-le vite
Avant que l’amertume
Des ondes n’apparaisse
Sur les traits de la belle du sillon, belladone,
Cet homme, si loin,
Lève ses yeux comme la belle-de-nuit ensoleillée.

Croix
Ombre sur cette terre
En jachère, béquille de l’imagination
Dans ce paysage de désarroi
Là, où l’épouvantail sonne son heure
Dans un tourbillon de joie
Une rafale de litanies sans fin
Parfum d’encens et bougies
Scintillantes accompagnent
Le suaire de larmes embué
Tel un danseur hors de sa chorégraphie
Expulsé
Dans un instant de grâce
Essoufflé, véritable
Lied sans parole, soufflé
De la bouche sorti
Gravé par le feu
Sur un texte mystérieux
Sons figurés égrenés
Gouttes de rosée voilant la toile
Giotto peignait
Allant, traçant, revenant
Sur le pied céleste
Cette chevelure
Du souvenir cristallin
Et le sublime qui ne se répète pas,
Indéfiniment reporté.

Armée d’une main cette chevelure
Un flambeau tenant
L’éclairage qui martyrise le noir
L’aube de l’orpailleur en souffrance
L’indulgence divine
Dessein en paillettes, météorite
Creusant l’espace
Le grènetis de l’univers, son sillon
Le nôtre, sans tomber sur la terre
Ici, en étoiles naïves nous naissons
Coryphées dans un décor obscur
Vivants, minés, échevelés
Des princes envoûtés dans une prison d`air
Là-bas, ce dos, une écaillure,
Parchemin de la ruse minérale
La mémoire de l’empreinte
Ce mur-là endure
À cette heure seulement
À travers la fresque
Verte de l’herbe de Mercure
La roussette nage
À son corps défendant
Dans cette baie
En position verticale
Dans le tintamarre
Un merle blanc
Lentement, d’un bel orient

Isbas en bois
Pervenche,
Masure bordeaux,
Aigles noirs,
Mots mongols,
Pastèques,
Grenat, amande,
Biche sur fond de zibeline,
Lemon-grass,
Bulbes,
Péniche de pêche,
Fossette du fossoyeur,
Sourire du bébé,
Campanile aux douze cloches
Furtives en nous
Sont des arabesques de somnambules
Icônes enchâssées aux yeux foudroyants
Dans des contrepoints déradés
Décelant ses mélodies refuges
Aires de tonalité suspendue
Mais là où les confettis font rage
Le vent soufflant comme un phoque
En kaléidoscope
Les moineaux
Dans leur signification profonde
Sont lancés

Danse
car la cadence rappelle
Morphèmes minés
chiffrés dans le givre
en quête de mots
en dose augmentée
la mémoire trouve, délestée
la parole
sous le fard
découvre
sweet airs that give delight and hurt not

                           Molly Iassum
                                       Iassum
                           Od se dem
                           Godena
                           Molly Iasum
                           Rootjitsera
                           Ramana

une terre glabre, amnestiée
en lignes horizontales provisoires
levées chutées
girandoles de mouchoirs tambourinant l’air
en mouvement giratoires
gracieuse
cette langue se redonne
se lève le pied, et
oublieuse,

 

Margaret Tunstill*, le sac du semeur 2017.
* Séquences choisies dans le volume paru aux Éditions Carte Blanche en 1990, avec l’aimable autorisation de Mathias Pérez.