Intempestifs

Choix et extrait de la rédaction.

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Un-coup-de-Bible-dans-la-philosophie-Henri-Meschonnic

       Le langage étant ce dans quoi, par quoi, on pense et on vit une vie humaine, et au sens où, comme dit Benveniste, « le langage sert à vivre » je pose en principe que si on ne pense pas le langage, on ne pense pas, et on ne sait pas qu’on ne pense pas. On vaque à ses occupations.
      Et que si dans le langage on ne pense et on ne connaît que le signe, cette représentation à la fois familière et savante, que toute une tradition nous donne pour le tout du langage, on ne pense pas le langage, on pense signe, en croyant penser le langage. Sa totalisation, au lieu de son infini. Une essentialisation, au lieu de ses historicités. Le malin génie des langues y veille.
      Bien des choses dépendent de cette situation, si banale qu’elle en paraît normale, dont la notion de sens interpréter et traduire. Les effets s’en font sentir. Mais cette tradition même qui nous consume culturellement ne les laisse pas voir. Ainsi la pensée du langage dépend plus de son impensé que de ce qu’elle sait penser.
       Dans la mesure où penser le langage vise à reconnaître cet impensé, c’est par rapport à l’enchaînement des raisons du signe et à toute sa paradigmatique, une contre-cohérence qui est à reconnaître, à mettre à découvert sous la sémiotisation généralisée de la pensée et de la société.
        Cet impensé est toute la chaîne du continu dans le langage, le continu corps-langage, qui est nécessairement le continu rythme-syntaxe-prosodie, la chaîne des signifiances recouvertes par le dualisme du signifiant et du signifié et leur hétérogénéité radicale, et par la le continu du langage transformé par le poème, comme invention d’une historicité nouvelle, le poème transformé par l’éthique et historicisant radicalement l’éthique, l’éthique à son tour historicisant le politique. Au lieu de l’hétérogénéité des catégories de la raison.
      Cet enchaînement transforme nécessairement toute la pensée du langage, interpréter, et traduire. On ne pense pas le langage si on ne pense pas le continu dans le langage, le continu-rythme, le continu-sujet, en même temps que le discontinu du signe, et contre lui.

Henri Meschonnic
Un coup de Bible dans la philosophie
242 p., broché, 20 €
Éditions Les cahiers de Peut-être
ISBN : 978-2-9537384-8-3

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mourir-ne-me-suffit-pas-pascal-boulanger

POTLATCH

Le présent tout ailleurs
dans la chair au plaisir qui dévore
c’est une étreinte en fuite, évasive,
qui s’invente en brûlure de musiques
qui d’un élan feuille à feuille
bouleverse le relief

A l’instant d’accorder
ni refuge sur la cime
ni légendes aux frontières
mais l’embrasement sans compter.

Pascal Boulanger
Mourir ne me suffit pas
préface de Jean-Pierre Lemaire
112 p., broché, 15 €
Éditions de Corlevour
ISBN : 978-2-37209-024-7

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des-terrains-vagues-yann-miralles

un poème aussi facile qu’un footing
inspirer expirer
le monde
mêlés il y a les muscles la buée des bouches
la fumée qui s’élève des pores
tout ce système
de sudation cette poussée
indécidable
avec
le déroulé du paysage d’un côté
passant ras près des vignes
au pas de course passant
horizontalement sur les chemins
et de l’autre la ligne noire
des mots (mais il n’y a
pas de frontière
tout va ensemble indécidable) — les mots
qui entraînent loin dans les parages
plus loin plus loin
que les pieds

Yann Miralles
Des terrains vagues, variations
48 p., imprimé en typographie, broché
format 15×21, 15 €
Éditions Unes
ISBN : 978-2-87704-166-9


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le-divertissement-claude-miniere

 Je ne me suis pas « intégré », je suis resté intègre. Me suis fait nègre, indien, chinois, magdalénien, et tous les ministères, leurs compagnies de platitude en ont été témoins. Dans les ministères j’ai vu pour règle générale de comportement et d’agissement l’hypocrisie et l’avarice des médiocres autant que des cyniques dans l’ambition gestionnaire et le carriérisme idiot…  Il n’y a rien à développer, il n’y a pas d’enveloppe, seule une flèche nette et son arc. La poésie, elle, si vous cherchez le rapport, est hors du temps, dans le temps hors des temps elle calme les idées, par un saut. La poésie est du vent, du grand air, du nuage, de l’échappée, de la légèreté des légendes sur ses deux jambes, sur les deux ailes (des dieux et des hommes)… Une gravure, grave et comique, la figure non d’une «vérité» profonde mais bien une courbe, taillée à l’encre forte, et qui s’envole, copeaux à l’instant, comme les atomes de lumière du vieux Lucrèce.

Claude Minière
Le divertissement (Notes à l’arrivée)
68 p., 11 €
Éditions Tarabuste
ISBN : 978-2-84587-336-0