La poésie est radicale

  

Science

Dans ma physique la poésie est radicale
……..puis je vois les feuilles l’arbre la prose
……………………………………  La poésie est radicale et noire
………………………………………………après il y a le feuillage les fleurs roses et bleues
puis il y a la mer
………………………….où tout roule par temps de houle

La poésie est radicale ou elle n’est pas
……… …… ……    …..comme elle est au départ
elle pousse le feuillage
……………………………………des sous-entendus
…………………………………………………………………..distincts
…………………………………………………………………….intelligibles
battements je l’entends
………………………………………et les ailerons des vagues blancs avec l’océan

  

Aux Saintes

Que veulent-ils ? Rien
…….peut-être veulent-ils rien
ce n’est pas dit
………………………….ce n’est pas distinct
lorsque c’est dit c’est un énorme rien
qui tinte distinct

Le sillage sert de tremplin aux mouettes
…………………………………………………aux mues muettes en procession

les maisons se marient en blanc d’Espagne au paysage bas
……………………………………………………………sur la place on me promet du bonheur

j’écris plat
………………….criblé de là
………………………………………..de débats

nombre de mes amis ont renoncé à toute idée de clé-du-monde
……………j’ai une clé qui ouvre les obsessions
…………………………………………………………………………..les chambres
…………………………………………………………………………………………………..la session :

ce matin la Vierge noire est de sortie
……………………………………..( elle se pointe à l’horizon )

ils la promènent dans les rues dans ses voiles
ils montrent d’eux-mêmes une autre peau qu’on hume

il y a donc plusieurs Maries qui sortent aujourd’hui de l’écume
……………………………………..elles sont polies polymorphes de baisers d’adoration

comme les surfeurs, combinaisons fluo
comme la rencontre sur une vague de l’homme
(ou est-ce une femme) et d’un paquet d’embruns

ils apparaissent à la crête et s’avalent
tels les pétales d’une fleur étincelante au loin

variations, verbes, réverbérations
………………………………………………………..houle de l’herbe
……………………………………………………………………………………..des flamants

quelque chose de sauvage, de naturel comme le sel
comme le ciel de cristaux de soleil

et comme la mer dans un coquillage
la Terre écoutée sur ma page
…………………………………………………..je ferme les yeux
………………………………………………………je vois les voix en duo

le chant prend la relève
…………………………………………………….parmi les libellules
c’est un hymne, un cap
………………………………………c’est une péninsule

et comme nous sommes poussière
de sable, de grève, de charbon, de nacre, de chardons
………………………………………………………………………………………..un point

au commencement était le Verbe
les Saintes évidemment y viennent
les porteurs portent ce qui les porte
…………………………………………………………..jusqu’à la plage
l’Égypte la ville et les roseaux

……………..la langue informe l’air
……………..et ainsi vont les Saintes de la mer
……………….les surfeurs dans leurs combinaisons
………………………………………………………et l’oraison de variété des figures
…………………………………………………………………………………………..en voici une exacte
………………………………………………………………………………………….. .une autre pas mal

dans une lente ondulation les pêcheurs vont vers les huttes
……………………………………………………………je m’obstine affreusement
……………………………………………………………à une lutte qu’on ne peut appeler lutter

inouïe
…………elle est sainte la phrase qui démarre
……………………..comme je joue ma vie sur la chance d’une formulation
……………………………………………………………………………….qui sonde la réalité le bien

  

Arriver

Toucher la rive
…………..des yeux
………………….des jambes
« Nous qui avons franchi le Léthé »

Quand ils sont arrivés ils sont arrivés
Sait-on encore ce que c’est que d’arriver ?
A une terre à une côte crier Terre sans crier

Nous arrivons
Ils arrivent
Que ceux qui savent ce qu’est arriver lèvent la main

L’arrivée n’est pas le projet, qui la dépasse. Il faudrait revenir avant
pour vivre son instant. Nous avons dérivé, la mer, l’océan est un blanc,
un vide-survivant dans la mémoire, un dessin aveuglant. Si proche
et difficile à saisir. Nous n’avons pas le temps d’arriver.

Arriver sans fin
………………………….petites vagues
……………………………………………………….grand écart

Aller à la ligne retient ce moment
qui s’en va
………………………………………………………………………….New York, 26 XI 2015

  

ici je dois m’arrêter

sur l’arête d’un cube aux marches de marbre
………………………………………………………………..par brassées
comme dans une nage embrassée
…………………………………..non dans les nuages
et puis s’arrêter de l’autre côté

Ou encore :
………le poème de lui-même s’arrête
au point
……………….où l’a porté son tranchant
au point qu’il trace la pensée juste
……………….et claire la sensation
…………………………………………………elles courent hors des discours
…………………………………………………………en équilibre pour toujours
………………………………………………………………………….point final du drame cette fois

………………………………………..Merci beaucoup
…………………………………………………..merci beaucoup d’une certaine façon

  

Claude Minière, le sac du semeur 2016.

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