L’amour parfait

   

L’amour parfait ouvre la vie
jusqu’à l’enfance
remonte
vers la plage claire
qui jamais encore n’a été pareille
à aujourd’hui dans ce battement
de machines
                         cœur touché

cœur touché source des images
à présent à présent l’air circule
je te vois près de moi dans le noir
ne bougeant pas ne disant rien

regardant vers l’espace éclairé
où quelqu’un dit ce qui nous arrive
ce qui est arrivé :

  
RIEN –
le silence
la source ouverte

– mais ces images sont petites

pas besoin de parler de source
pas besoin de parler d’ouvert

pas d’eau sans doute

  
et s’il faut une image,
                         c’est la plus
………légère
quasi absente
                        – de toutes fleurs

  
Je dis nous
puis-je dire nous?

Oui

C’est de là que tout vient
            – cette magie
magie sans truquerie ni croyances

fonctionnement vif

la grande boucle entre deux regards
entrée dans le temps prise dans le langage

et ressortant – ici
autour de ton visage si clair devant le noir
devant le bois noir

  
– boucle du temps quand le langage
a pris la place entre nous éloignés
tout ce langage venu a notre place

        ayant un peu glissé
                                             – nous
                    hors de cette vie, du paysage

  
Et puis ce soir
                          ici
dans cet espace d’autre voient

sans parler
sans toucher
dans le noir

                        merveille non parlée

  
Deux notes
trois notes

                      répétées déplacées
                      et glissées

                                         Peut-on décrire
……                                   la couleur fauve ?

  

Jacqueline Risset*, le sac du semeur 2017.
Extrait des Petits éléments de physique amoureuse, Jacqueline Risset, Gallimard, coll. L’Infini, 1991. * Choix de la rédaction, avec l’aimable autorisation d’Umberto Todini et de l’éditeur.