Petites physiques du baiser

 

(Extrait)

Sous le pommier je t’ai réveillé
Le Cantique des cantiques

 

Au premier baiser je lui donne
des nouvelles de ma nuit
lumière
plus proche de moi que moi-même

Quand je tombe dans ses bras
à l’aube du premier baiser

 

Passage
le baiser n’est pas encore passé
il passe
passage du temps dans l’espace

J’ouvre le livre
esquive
je suis ailleurs
entre fixation et départ

Je suis ici
avec elle
comme une flamme

 

Mon nom est un oui
la soif
ce n’est jamais fini
mouillée elle a soif
elle gémit
Gemüt : harmonie, cœur
le cœur y est
grand ciel

Le chantier du baiser
je la baise
elle me baise
je résume
la fumée des cigarettes résume ma vie
le baiser nage
quitte les sentiers

 

Chant d’amour
(dans l’azur)
O dolce amor che diriso t’ammanti
sur l’herbe mauve
la mort la vie
en moi qu’elle renouvelle
dans l’orage
la pensée de l’orage
tout m’est donné

 

Voyant l’ange
ange voyant
la pensée débute
au premier baiser

A la fin est le commencement
je jouis sur son visage
lui dis merci

Puis je traverse l’étang noir
le négatif travaille
l’ordure plus ou moins monotone
selon les voix

 

Aux heures d’avance
après le tournant
sous les colonnes de nuages
les colonnes d’or
dans un souffle
je la retrouve
je sens sa peau
elle décide
rien ne m’échappe
j’échappe

 

C’est un baiser
avec un dessin
un trait sur le décret
je dissipe
plusieurs soleils suffissent

 

L’indicible grâce
quand elles se détachent
des falaises
quel courage !
courage cœur
dans la poussière dorée
sur le sable
je leur dis :
bravo les mouettes

 

Qui j’aime
quand je l’aime
avec mes doigts
dans la nuit vite
je la serre dans mes bras
mets du désordre
sous les draps

Déluge d’eau
elle mouille
je la goûte
elle me goûte
sillage

 

En premier
je dégrafe
elle est nue
elle hésite
elle glisse
barque à la dérive
je l’embarque
dessous caché

 

L’ange lutte
hanche
s’accroche
je l’aime
dans sa paupière
toute blanche
quand il est tard
ce qui est beau
est rare

 

Rose sombre touche
soleil
midi je la touche
elle écarte
jambes fines blanches
beauté en grain
son enfance
résonne

 

Très simple
on s’écrit
on s’aime en s’écrivant
l’amour dure
par le manque
il ne manque rien

 

La vie à deux
à trois
dans les dunes d’Olympe
paraclet
je suis son roi
elle est ma reine
on s’envole
voyage en train
fées et lutins

 

J’avance
sur son corps
quand elle dort
autrement
sa bouche qui tourne
je la surplombe
parmi les criques
les vents de sable
Viens
elle vient
s’accélère soudain
j’entends oui
elle jouit
c’est fini
lotissement
bercail arrondi
je dors

 

Je m’éveille
elle m’accueille
sa bouche
née grâce
avant moi déjà
ça vivait ça vivra
toutes ces beautés
qui me précèdent
merveilles surgissent
poursuivent endormies
décollent
cerfs volants

 

Dans le champ haut
colza
haut baiser
pointe des pieds
ma langue et mes doigts
ma queue fourragent

Moi de bouche et de mains
lyrique
j’atténue
j’écris
c’est fou comme j’oublie
me souviens

Franchi les portails
ma grammaire ses baisers
son triangle d’eau
vidée

 

Toujours à l’instant
je me vide
dans ses mains
dans sa bouche

Passé heureux
j’ai des preuves
qu’elle m’aime
peaufine
tendresse ses yeux
belle âme
fatiguée du dehors
elle dit encore

 

Je ne sais plus rien
ne parle plus
je fais des signes
sur ses lèvres
enchantées
son cul
au centre de l’univers

Sur
les rebords de pierres
lumière
barre se frottent
branches
à la fenêtre

 

Ses baisers
tombent
en cascade
pierres poreuses
miel
en jolie robe
ornée d’or

Elle se dévoile
fouillis de ruelles
étroites
resplendissent
dedans
fait sa toilette
parfum des fleurs

  

Pascal Boulanger, le sac du semeur 2016.

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