Poèmes

  

Portrait

les oiseaux étaient postés
sur les dos des chaises
et s’épouillaient
vivant à l’intérieur des prismes
et des coupoles de pierres transparentes

pour le lire
attendre l’hiver
quand le portrait est fini

  

Turner

Une avalanche de glacier
et l’or des roches
« Mademoiselle regardez les contours…
on peut faire des gammes qui ne soient ni tonales ni chromatiques
disait un homme sombre près d’une lumière froide

dehors la pluie d’octobre
et la lumière chaude du pont
rayaient le fleuve noir
le ciel était dans l’eau

  

Watteau

leçon

façon dont la lumière se casse sur les roches des marquises
et sur le feu âcre et humide

on déjeune sur l’herbe entre les rideaux
sous la pluie
les couleurs traînent
comme des cerfs-volants

elle dit :
tu es le seul que je connaisse
à savoir écrire étoile avec deux t

  

Renoir

un silence lumineux
sur les carrières
les ouvriers bleus transpirent
au bord du canal
près des peupliers
on a des arcs-en-ciel
le bonheur dure
quand le soleil prend l’eau
« et il y a des yeux qui cherchent »

  

Conversion

sans taches mais si blanches
devant ce sont des feuilles
des feuilles de noyer
des taches le sang
mais c’est de la rouille
c’est le temps
on voit l’aube
et
entre le jour jaune
et la mousse des chênes
une étoile filante
dans le cercle des livres
sur la couronne des rois

c’est tout

  

Les fêtes galantes

Il pleuvait doucement dehors
un nuage foncé bloquait l’horizon vers l’est
le musée était rempli d’oiseaux
on entendait leur chant :
une trace de printemps
en un clin d’œil
sur des toiles
somptueusement encadrées
les fêtes galantes
et la couleur des corps

  

Pierre Nivollet*, le sac du semeur 2017.
* Extrait de Eaux-Fortes suivi de Les Marcs d’Or, Éditions Dominique Bedou, 1986. Choix de la rédaction, avec l’aimable autorisation de l’auteur.

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