Trois textes

 

Cette nuit, je lisais la parole, au loin,
d’une sœur, sans connaître son lieu de solitude
et j’entendais l’écho, l’effroi similaire
Les attentes et la peur d’être oubliée, de devoir se plier
encore, sous la mauvaise étoile
Et le choix pourtant de voir au-delà, d’écrire autre chose
qu’un chant de complaisance, de décrire la vie,
celle dont on ne peut se soustraire, la voie maudite des
départs inversés et l’isolement face à si peu de chance
La rudesse et l’ampleur des sentiments, frappés contre un mur
où l’asphyxie témoigne plus que les contemplations
Et je me demande, pourquoi la non vie, quand la vie
trépigne d’impatience dans un corps mal armé
pour l’échange.
Et pourquoi, ici-bas, personne ne prête attention
à la confidence du réel, et pourquoi tant d’effort
à abattre ceux souffrant d’un mal sincère et vrai
sans comprendre la colère et l’essoufflement
des cœurs purs, impurs aux yeux
d’un monde réfugié sous la parure
des faux-semblants.
Faut-il aussi gagner sa place pour l’enfer ?

 

Et l’œil baignait dans son jus
amniotique
Et perçait le monde d’un regard
neuf
Cognait l’antre de son berceau
et battait la cloison
organique
Et sans se retourner, contemplait
la voie de l’exode
avec la légèreté
du migrateur
infatigable
Renaître par obligation,
par habitude.

 

Subtil vieillissement des couches antérieures
et l’espace calfeutré au-dedans
Au-dedans l’avenir, sa courbe dévorée
sa texture moins opaque et moins surprenante
La projection de soi
mais des projections anciennes
des promesses non abouties
l’aspiration, toujours dressée
crépite sous l’écorce et la cendre
Mais le corps moins patient
le corps moins souple
et l’esprit tourné vers sa jeunesse
Vient un temps où l’avenir
n’est qu’une reformulation du passé
La boucle se ferme sur un rêve.

 

Patricia Suescum, Le sac du semeur 2018.
Extrait des recueils On ne se remet pas de vivre (première strophe) et de Mauvaise herbe (strophes suivantes), inédits.